Enquête sur le recul de la lecture auprès des bibliothèques, libraires, parents, enseignants et jeunes de la cité des Kobourou
À Parakou, la lecture continue de susciter de l’intérêt, mais elle fait face à de nombreux défis. Pour comprendre les habitudes des lecteurs et mesurer l’engouement des jeunes pour le livre, notre équipe est allée à la rencontre des élèves, étudiants, parents d’élèves, directeurs d’école, enseignants-chercheurs, responsables de bibliothèques et libraires.
Notre enquête nous conduit d’abord au Centre des Activités Éducatives du Bénin (CAEB) de Parakou, un espace de référence qui accueille chaque année de nombreux lecteurs et met à leur disposition des milliers d’ouvrages destinés à l’apprentissage, à la recherche et à la culture.
Au cours de notre immersion au sein de cette bibliothèque, les responsables nous ont présenté un centre riche en ressources documentaires. Selon le directeur du CAEB, la lecture demeure un pilier essentiel de la formation de la jeunesse. Il rappelle qu’un jeune qui ne lit pas suffisamment se prive d’un outil indispensable à son développement intellectuel et personnel.
Le centre offre un environnement propice à la lecture, à la recherche et au travail académique. Sa bibliothèque dispose d’un vaste fonds documentaire couvrant différents niveaux d’enseignement, de la maternelle jusqu’à l’université, ainsi que des ouvrages spécialisés destinés aux enseignants, aux chercheurs et aux professionnels.
Mais au-delà de la disponibilité des ouvrages, une question se pose : les jeunes fréquentent-ils suffisamment les bibliothèques ?
Les libraires face à une nouvelle réalité
Direction ensuite la librairie Le Logos de Parakou, où les responsables constatent une forte affluence à l’approche de la rentrée scolaire. Toutefois, ils regrettent une tendance qui semble s’installer : les achats sont principalement orientés vers les manuels scolaires et les fournitures obligatoires, tandis que les livres de culture générale, les romans et les ouvrages de littérature suscitent moins d’engouement.
Cette situation pose la question de la place du livre dans la vie quotidienne des jeunes. La lecture est-elle devenue une activité secondaire, pratiquée uniquement lorsqu’elle est imposée par l’école ?
Notre enquête nous mène également à la librairie UEEB de Parakou, spécialisée notamment dans les ouvrages chrétiens et la littérature évangélique. Là encore, les responsables déplorent une fréquentation relativement faible de la jeunesse.
Pourtant, la librairie met à la disposition du public des ouvrages destinés à enrichir les connaissances, à renforcer les valeurs morales et à favoriser le développement spirituel. Pour les responsables rencontrés, le livre reste un puissant moyen de transmission des connaissances, de la foi et des valeurs humaines.
Les écrans, nouveaux concurrents du livre
Un adage africain affirme : « Si tu veux cacher une vérité à un Africain, mets-la dans un livre. » Cette formule, souvent reprise pour dénoncer le manque d’intérêt pour la lecture, résonne aujourd’hui comme une véritable interpellation.
À Parakou comme ailleurs, les habitudes de la jeunesse évoluent. Les téléphones portables, les réseaux sociaux, les vidéos en ligne et les jeux numériques occupent désormais une place importante dans le quotidien de nombreux jeunes.
Le temps autrefois consacré à la lecture semble progressivement être partagé avec ces nouveaux moyens de divertissement et d’information. Pour certains jeunes rencontrés, le téléphone est devenu leur principale source d’information. Quelques clics suffisent pour accéder à une vidéo, à un résumé ou à une publication.
Mais cette facilité d’accès à l’information peut-elle remplacer la lecture approfondie d’un livre ?
Pour les enseignants et les chercheurs interrogés, la réponse est claire : non. La lecture demeure fondamentale pour développer le vocabulaire, améliorer l’expression écrite et orale, stimuler la réflexion et construire un esprit critique.
Les jeunes reconnaissent l’importance de la lecture
Les témoignages recueillis auprès des élèves et des étudiants révèlent toutefois une réalité contrastée. La majorité reconnaît l’importance de la lecture dans la réussite scolaire et universitaire. Mais plusieurs obstacles sont évoqués : manque de temps, coût de certains ouvrages, accès limité aux bibliothèques, influence des réseaux sociaux et, parfois, absence d’habitude de lecture à la maison.
Certains jeunes expliquent également que leur rapport au livre reste principalement lié aux exigences scolaires. Ils lisent parce qu’ils doivent préparer un examen, réaliser un devoir ou comprendre une leçon. La lecture plaisir, celle qui permet de découvrir un roman, une biographie, un ouvrage historique ou un livre de culture générale, semble moins présente dans leurs habitudes.
Les parents face à un défi générationnel
Du côté des parents, le constat est également préoccupant. Nombreux sont ceux qui souhaitent voir leurs enfants lire davantage. Mais certains reconnaissent que l’environnement familial actuel ne favorise pas toujours cette pratique.
Dans plusieurs familles, les écrans occupent une place importante. Téléphones, télévision et réseaux sociaux captent l’attention des enfants et des adolescents. Pour certains parents, le défi consiste désormais à trouver un équilibre entre l’utilisation des outils numériques et la pratique régulière de la lecture.
Les parents ont donc un rôle essentiel à jouer. Encourager un enfant à lire, lui offrir des livres, l’accompagner dans une bibliothèque ou instaurer un moment quotidien consacré à la lecture sont autant de gestes simples qui peuvent contribuer à créer une véritable culture du livre.
À la Place Tabera, les livres de lecture restent discrets
Notre micro s’est également promené du côté de la Place Tabera de Parakou, à la rencontre des vendeurs de fournitures scolaires.
À l’approche de la rentrée, les étals débordent de cahiers, de stylos, de sacs, de manuels scolaires et de divers accessoires destinés aux élèves. Les parents sont nombreux à effectuer leurs achats pour préparer la rentrée.
Mais derrière cette forte activité commerciale, un constat attire l’attention : les livres de lecture et les ouvrages de culture générale semblent encore peu demandés.
Cette situation révèle peut-être une réalité plus profonde : pour de nombreuses familles, le livre reste avant tout un outil scolaire obligatoire plutôt qu’un instrument permanent de découverte et d’épanouissement.
Comment redonner aux jeunes le goût de lire ?
Au terme de cette enquête, une question demeure : comment sauver la jeunesse du désintérêt croissant pour la lecture ?
La réponse interpelle chacun d’entre nous.
Les pouvoirs publics doivent poursuivre et renforcer les politiques de promotion de la lecture, notamment à travers la création et la modernisation des bibliothèques, l’organisation de salons du livre, de clubs de lecture et d’activités culturelles accessibles aux jeunes.
Les établissements scolaires ont également un rôle majeur à jouer. La lecture ne devrait pas être perçue uniquement comme une obligation académique. Elle doit devenir une expérience agréable, vivante et accessible.
Les parents, de leur côté, doivent encourager leurs enfants à découvrir le plaisir de lire dès le plus jeune âge. Les enseignants, les bibliothécaires, les libraires, les associations culturelles et les acteurs du monde éducatif doivent, eux aussi, unir leurs efforts.
Enfin, les jeunes eux-mêmes doivent comprendre que le livre n’est pas un simple objet posé sur une étagère. Il est une porte ouverte sur le monde, un outil de connaissance et un moyen de comprendre son époque.
À l’heure où les écrans occupent une place grandissante dans notre quotidien, la bataille pour la lecture est devenue un véritable enjeu de société. Car une jeunesse qui lit est une jeunesse qui apprend, qui réfléchit, qui questionne et qui construit son avenir.
À Parakou, le défi est donc lancé : il faut redonner aux jeunes le goût des livres avant que le silence des bibliothèques ne devienne le symbole d’une génération qui aura oublié de lire.
Par la Rédaction
TATA INFOS – Le vrai visage de l’Afrique
